"Kaonashi" désigne "Sans-visage", le personnage du Voyage de Chihiro.
Aujourd'hui, j'ai rebooté mon visage. Je me suis rasé entièrement, plus un poil sur la face depuis 6 mois à cause d'un pari stupide (Aurélie, je te retiens...). J'ai un peu froid (et non, je n'ai pas mal dormi) maintenant, et j'ai découvert que je n'aimais pas mon menton, ce qui confirme le choix de ma pilosité. Mais ce visage, je n'arrive toujours pas à intégrer qu'il soit moi. Il est toujours avec moi, entre le monde et ce que je suis, et je sais qu'il n'appartient qu'à moi. Peut-être que j'ai trop pris l'habitude de me voir extérieurement.
J'ai encore besoin qu'elle touche mon visage et qu'elle me dise que c'est moi. Est-ce que j'arriverai un jour à exister par moi-même? Je ne serais rien sans elle, mais maintenant, il faut que j'apprenne à être par moi-même et pour moi-même. Qu'est-ce que j'ai été jusqu'à présent? Egoïste refoulé, sans être réellement altruiste. A force d'osciller entre les deux, je n'étais rien, comme pour le reste.
Je suis frustré de me rendre compte de tout ce qu'il me manque, c'est une liste qui ne cesse de s'allonger, et où reviennent des choses que je pensais avoir résolues. Pourtant je sais que j'avance, même si parfois je dois reculer pour mieux sauter ces murs que j'ai dressé moi-même, quitte à les défoncer à grands coups de crânes en laissant des traces écarlates sur ces briques blanches.
Mais des fois, j'ai l'impression que je n'arriverai jamais au bout. Je sais qu'il n'y a pas d'autre fin que la mort, qu'atteindre la paix et l'acceptation totale de soi est le sort des seuls Bouddhas. Et à vrai dire, je ne le veux pas, j'apprécie cette autosatisfaction qui ressort de mes lamentations, c'est gratifiant de se sentir victime de soi-même, rien à faire, c'est comme ça. C'est une facilité rassurante. Mais malgré ça, je veux aussi avoir la force de combattre ces tendances, être capable de me lever le matin quand je ne souhaites que me fondre dans le sommeil pour y disparaître avec mes rêveries glauques, mais où je serais toujours plus à l'aise que dans le monde réel. Je veux pouvoir envisager l'échec sans paniquer et précipiter ma chute qui n'était pas si inéxorable que ça. Je veux pouvoir lui dire en face quand elle me fait chier sans l'enfermer dans mes bras par peur qu'elle disparaisse.
Je veux dépasser cette vision dualiste que j'ai du monde et de moi-même, sans pour autant virer dans l'objectivisme glacial qui montre la vie comme elle est. Je veux un monde illusoire et viable. Je veux
------- FIN DE LA TRANSMISSION -------

