Jeudi 7 février 2008 à 23:29

Ce qui devait arriver arriva. On voit bien que je ne suis pas d'ici. A trop rester immobile, je perdais mon ombre. Encore une fois. Elle bougeait encore un peu, au ralenti, saccadée, ne sachant plus quoi faire, comme une image perdue dans sa nature même, hésitant à revenir sur un geste qu'elle n'a pas encore fait. Cette ombre m'allait très bien finalement. J'avais eu quelques doutes en la choisissant, mais finalement, je ne m'étais pas trompé. Mon instinct n'est pas si mauvais que ça, je ne sais pas pourquoi je ne m'y suis jamais assez fié. Et cela confirme le fait bien connu qu'on ne se rend compte de l'importance des choses qu'une fois qu'on les a perdues. Est-ce un trait si humain, ou bien est-ce si personnel ? Suis-je désespérément normal ? La part la plus égocentrique de mon être le refuse en bloc, et pour une fois, son avis n'est pas pour me déplaire.

 

L'émerveillement qui m'avait envahit la première fois à la vue de ce soleil si fort avait laissé la place à une moue désabusée. Quel crâneur. J'eus un léger rire à cette pensée prétentieuse et inutile, et me décidais enfin à descendre les marches de la gare, laissant donc mon ombre derrière. Elle doit maintenant avoir disparu, à trop être éclairée maintenant que je ne suis plus là pour lui cacher la lumière. Il y a une petite trotte à faire, tout en descente, la gare étant au sommet d'une butte, ziggourat de verre et de métal, faisant le passage d'une Ville à l'Autre. Le soleil à mi-chemin entre l'horizon et le zénith ne se laisse apercevoir que rarement une fois plongé dans cet immense damier de hauts et vieux immeubles.

 

Au bas des façades perpétuellement éclairées traînent des badauds. Enfin, c'est ce à quoi on pense la première fois quand on vient de l'Autre Ville. Mais ce sont juste des gens encore pires que moi. Ou meilleurs. Eux aussi, à force de trop rester au soleil, ont perdu leurs ombres. Mais ils restent là. Peut-être n'arrivent-ils pas à s'en défaire et veulent la protéger jusqu'au bout. Peut-être n'ont-ils pas le choix. Alors ils regardent, immobiles, cette lumière qui ne part jamais, cette ville qui ne change pas, ces gens tous identiques. Dans un sens, ils sont chanceux, ils savent ce qu'ils font et pourquoi. Ils restent, debout ou assis, selon comment leur ombre les a quittés. Je ne sais pas si c'est de l'obstination, de la stupidité, du désespoir, de l'amour, de l'honneur ou de la curiosité. Sûrement que plus souvent qu'on ne le croit, nos actes sont des mélanges plus ou moins subtils de tout cela. Que doit-on faire ? Assumer chaque ingrédient de nos sentiments, ou préférer ne voir que celui qui nous arrange ?

 

Je marchais comme cela une dizaine de minutes, perdu dans ces pensées. Enfin, pas vraiment. Au fur et à mesure que je m'approchais, la peur et l'excitation gagnaient du terrain, comme un liquide visqueux qui s'étalait délicatement sur la surface de mon esprit. Et bientôt se passa quelque chose que je déteste : ma tête tournait à vide, passant chaotiquement d'une pensée à l'autre, parmi un choix limité se restreignant à des idées basiques comme : « Est-ce qu'elle m'aime encore vraiment ? », « Ne referons-nous pas les mêmes erreurs ? », « Est-ce que j'ai bien fait de revenir ? » et d'autres choses aussi joyeuses.

 

Et enfin, je suis arrivé. Juste devant la porte, il y a encore la partie supérieure de l'ombre que j'avais laissé. Le reste, exposé au soleil, a depuis longtemps disparu. Mais ce buste noir, à l'ombre, ne s'est que peu effacé. Ca ne doit pas être très agréable de voir cette demi-silhouette en sortant de chez soi, surtout qu'elle a du se débattre quelque temps avant de devenir apathique. Je suis désolé. J'essaierai de la récupérer.

 

Enfin, voilà toute l'histoire. Enfin, presque. Tu te doutes bien que j'avais une certaine appréhension, voire une appréhension certaine, à appuyer sur le bouton de ta sonnette. J'ai fait comme d'habitude dans ces situations, j'ai court-circuité mon cerveau. La suite… bin, je vais pas non plus commenter tout ce qu'il s'est passé depuis que tu m'a ouvert la porte.

Publié par zherissons

Samedi 10 novembre 2007 à 12:55

Il y a quelque chose de tragique dans le réveil, un sentiment à la limite du désespoir, comme une peur familière, qui serre notre cœur mais ne nous fait plus trembler. Est-ce le fait de s'évader enfin de cette état que l'on associe tellement à la mort, comme un soulagement d'être encore en vie ? Ou bien justement, est-ce cette frayeur de voir que le monde existe toujours, que l'on y est enfermé, enchaîné à la prison abandonnée de l'existence où nous déambulons, avec parfois l'espoir brumeux et torturé de partager ses chaînes avec un autre ? C'est un sentiment d'inéluctabilité, comme lorsque l'on vient de blesser quelqu'un. Pas de Crtl-Z ou de Pomme-Z possible, pas de machine à remonter le temps, aucune parole ou aucun geste qui fera disparaître à tout jamais cet acte. Nous sommes. Et entre l'acceptation et la renonciation de cela, il y a cette indécision emplie de spirales, de néants, de paniques et d'espérances.

Ce matin là, j'émergeais avec ce sentiment, avec cet espoir, et avec une des choses qui font partie de mon top 5 des pires événements du réveil : un lever de soleil en face. Quel acte profondément narcissique et héliocentrique qu'un lever de soleil. Il se découvre doucereusement au monde, comme un intrus gênant qui rend un service qui l'est tout autant, diffusant une violente et vaporeuse lumière blanchâtre, imprégnant le monde de chaux et de malaise. Il éblouit sans aucune chaleur, et révèle même aux êtres leurs engelures les plus profondes. C'est un « Bonjour » empreint de cynisme et de faux-semblants.

Je me levais péniblement et baissais les stores en face de moi pour me cacher de ce saint que je ne saurais voir de si bon matin. Sans faire attention, je me laissais retomber dans le grand fauteuil rouge où je m'étais endormi quelques heures auparavant. La rose était posée sur le fauteuil à ma droite, son rouge un peu plus éclatant que celui du tissu. Je la repris vite en main, me sentant presque coupable de l'avoir lâchée, ma compagne de voyage. Et à propos, où était-elle ? Je ne l'avais pas revu depuis que nous avions discuté la veille. Je me sentais toujours fautif, sans trop savoir de quoi en fait. Et alors que je me dirigeais vers la porte menant au wagon de tête, sa voix résonna dans l'interphone :

« Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous arriverons dans quelques instants au terminus de ce train. Veuillez vous préparer à descendre et à ne rien oublier dans les voitures. Nous vous remercions de votre confiance et vous souhaitons une agréable journée. N'oubliez pas l'hôtesse ! acheva-t-elle d'une vois amusée. »

Je ne savais pas si je devais prendre cette phrase pour moi ou comme une simple formule amicale destinée à tous les voyageurs. Et je ne savais pas non plus ce que je préfèrerais que ça soit. Encore une fois, j'avais cherché une imperceptible nuance de douleur dans ces dernières paroles. Je fus soulagé de ne pas avoir trouvé. Derrière les stores commençaient à défiler les bâtiments qui bordent l'Autre Ville. Enfin… la Ville maintenant. Mes souvenirs aussi défilaient, anticipant la route qui restait à parcourir, refaisant la lumière sur ces images que j'avais rangées dans le tiroir de mes regrets, et qui réapparaissaient pour une deuxième chance.

Le train décéléra. Mon cœur se serra. En un frisson, la main glaciale de l'inexorabilité s'empara de moi pour m'attirer vers ces portes que je ne pouvais que franchir. Mais en plus de cette excitation à me laisser posséder que j'avais déjà ressenti la première fois, se mêla aussi l'appréhension. Et si cette main qui me guidait n'allait pas me lâcher juste au bord du gouffre, où un simple courant d'air ou une pichenette déplacée pourrait me faire chuter ?

Publié par zherissons

Mardi 30 janvier 2007 à 21:51

Un doux piano jazz jouait un air mélancolique. L'ambiance dans ce wagon est feutrée sans pour autant être intimiste. Il y a ce quelque chose qui fait venir la torpeur, l'envie de s'asseoir dans les grands fauteuils rouges, de se laisser aller à regarder au dehors le monde défiler, aller d'une Ville à l'Autre, le soleil se lever ou se coucher. Ce quelque chose qui amène aussi bien la paix que la mélancolie, qui emplit les cœurs autant qu'il peut les rendre assoiffés de vide. J'avais connu les deux dans ce train, les deux fois où je l'avais emprunté. Cette fois-ci, j'étais très mitigé, ne sachant pas trop sur quel pied danser. Et surtout, mon esprit était quelque peu occupé par elle.

La première fois que je suis monté dans ce train, c'est déjà elle qui m'avait ouvert. Je crois bien qu'il n'y a qu'elle. Il faut dire que même seule, elle ne croule pas sous le travail. Je me demande même si cet isolement n'est pas prévu par la Compagnie pour la forcer à offrir une présence agréable aux rares passagers, qui le plus souvent n'empruntent la ligne qu'une fois dans leurs vies. J'étais plein d'enthousiasme, rêveur, empressé et apeuré à la fois. Nous avions discuté tout le long du trajet, de beaucoup de choses, de sa vie dans le wagon, de ma vie dans la Ville, et du but de ce voyage. Surtout de ça en fait. Je crois que son cœur s'est satisfait de ce bonheur par procuration qu'elle réclame à ses passagers. On dirait une drogue dit comme ça. Elle semblait heureuse. Et vraiment seule. Mais je ne m'en suis pas rendu compte à ce moment, mon esprit était trop occupé, trop déconnecté.

La seconde fois que je suis monté dans ce train, c'est aussi elle qui m'a ouvert. Elle a été surprise de me voir encore. Mais cette fois-ci, pas de dose de bonheur de ma part. Ca ne l'a pas empêchée de me parler, de me tenir compagnie alors que je n'avais envie que de me laisser envahir par un néant total, qui aurait tout détruit. Ma douleur, hurlante à en devenir inaudible. Ma tristesse, se recroquevillant en elle-même pour mourir mais renaissant comme un phénix de ses larmes. Ma haine, aveugle, butant contre tous sans jamais trouver d'autres victimes que moi-même. Mon amour, désespérément vivant, s'accrochant à la vie, ne ressemblant plus à rien sauf à pendu jouant à la balançoire dans ses derniers instants. Et l'absence de ces sentiments, un froid intersidéral, brûlant jusqu'à en oublier la souffrance. Je me suis endormi, la tête posée sur ses genoux. Elle m'a réveillé quand le train s'était arrêté. Elle m'a aidé avec mes bagages, et sur le quai, elle m'a dit qu'elle voudrait bien me revoir dans d'autres circonstances, que j'avais l'air quelqu'un de bien, et de revenir voyager avec elle dès que je me sentirais mieux. Je ne sais pas si elle a dit ça parce qu'elle a eu pitié de moi ou si elle avait des débuts de sentiments. Sur le moment, elle me semblait irréelle, seul élément de l'Univers à ne pas se désintéresser de moi, tellement naïve. Je l'ai juste remerciée avec le peu de sourire que je pouvais faire et je suis rentré chez moi.

Alors quand elle m'a ouvert la porte cette troisième fois, avec ce grand sourire et ses yeux pleins de joie, je n'ai pas su quoi faire. Je n'étais pas venu pour elle, mais pour retourner dans l'Autre Ville. Je ne savais pas que j'allais lui faire mal, je me trouvais prétentieux de me dire que j'avais tant d'importance pour elle. Mais je n'osais pas la regarder en face, comme si je l'avais trahie. Quand j'ai relevé les yeux, elle était aussi gênée que moi. Sur le moment, elle ne me semblait pas aussi triste que je l'imaginais. C'était de la pure prétention. Juste de quoi froisser légèrement mon égo. Une fois dans le train, nous avons un peu discuté, de sa vie dans le wagon, de ma vie dans la Ville, et du but de ce voyage, même si j'évitais sans vraiment le pouvoir ce sujet. Je ne sais pas si ce malentendu l'a vraiment touchée et qu'elle n'a pas voulu me le montrer, ou si elle n'y accordait vraiment que peu d'importance. Puis elle est partie dans un autre compartiment, avec un léger sourire que j'espérais triste.

Ce reste de fierté déplacée en moins imaginait qu'elle allait pleurer seule sa douleur, loin de son amant improbable, qui avait blessé son cœur avant même qu'elle le lui donne, comme on abîme une toile destinée à un autre. Je ne sais pas si c'est ce qu'il s'est passé, mais cette part de moi se satisfaisait de cette pensée, même si je me refusais à la voir, à lui exprimer mon dégoût du reste de mon être. Une chaleur profonde m'envahissait, un bien-être que j'aurais préféré éviter, entrecoupé de sursauts de culpabilité. Je me sentais dans mon élément, dans ces grands fauteuils rouges, dans cette espace clos et emplit de ce contentement. Je me dégoûte.

Publié par zherissons

Lundi 22 janvier 2007 à 20:42

De l'autre côté du quai se trouve l'ancien bâtiment administratif de la gare. Aucune fenêtre, juste un grand mur recouvert de vieilles affiches se superposant sur plusieurs couches et une porte usée qui donne l'impression de ne pas avoir été ouverte depuis pas mal de temps. Est-ce qu'une porte qui n'a plus à être ouverte est encore un porte ? J'ai cru un instant m'être posé une question zen, mais finalement, je n'en suis plus très sûr. La nature d'une chose est-elle inscrite en elle-même ou bien dans sa relation avec le monde ? Sous la pluie, je n'ai pas poussé plus avant mes investigations philosophiques sur la vérité de la nature intrinsèque du monde. Parce qu'à ce moment...

Non, le train n'était pas encore arrivé, un peu de patience. Je raconte avec le même rythme auquel j'ai vécu ce dantesque périple sans périls. Alors chut.

A ce moment donc, mon regard se porta sur le mur qui croulait littéralement et littérairement sous les publicités et annonces aux formats et contenus aussi divers que variés. La pluie finissait d'agglutiner entre elles les multiples couches de papier et de colle, mélangeant les mots et les couleurs, faisant s'estomper la forme et le fond de ces messages impersonnels, les transformant en un magma informationnel qui perdrait tout sens par la synthèse de chaque caractère avec les autres. La dégénérescence par l'ajout. Une vision déliquescente de l'entropie de l'Univers.

Cette petite maison me faisait de plus en plus l'effet d'une sorte d'Antre du Chaos (avec un grand A et un grand C, comme pour moi), ce qui me donnait de plus en plus envie d'y aller faire un tour, même si je savais ce que j'y trouverais. Mais j'avais envie de me sentir envahit par de telles pensées, arriver à voir dans ces choses qui passent inaperçues ce qu'il y a au-delà, comme des vérités cachées, une sorte d'enseignement du monde à moitié révélé, à moitié à chercher. Ces derniers temps, j'avais l'impression d'avoir perdu cette capacité à éprouver ces impressions, ces expériences. Mais depuis que je suis parti de la place, cela semble revenir comme en force. Le but de ce voyage ne doit pas y être pour rien, n'est-ce pas ?

Je commençais à être fortement imprégné de l'ambiance et d'eau quand une sonnerie annonça l'arrivée du train. Pas de message inutile, aucun autre événement ne pouvant être annoncé dans cette gare. Je ne sais pas si les gens parleraient beaucoup en faisant preuve d'autant de sens pratique dans leur façon de communiquer. Enfin bref. Les phares de la voiture de tête surgirent à un tournant et se rapprochèrent en décélérant. Soudain un détail me revint, quelque chose qui risquait, comme tout le reste, de ne pas avoir changé. A vrai dire, y avoir pensé avant ou à ce moment n'y changeait rien, c'était inévitable.

Le train s'arrêta, une porte juste en face de moi. Et c'est cet élément inéluctable qui m'ouvrit la porte avec un sourire aussi grand que ses yeux étincelaient.

Publié par zherissons

Vendredi 1er décembre 2006 à 1:30

Alors voilà, il ne me restait plus que quelques centaines de mètres avant d'arriver à la gare. L'orage était presque sur moi. Je sentais l'humidité du vent entre mes doigts, le tonnerre était de plus en plus rapproché de ces grandes zébrures de jade qui illuminaient le ciel. Certaines se propageaient comme des fêlures le long des nuages, s'étirant en tentacules de quelques divinités chtuliennes, allant au devant de mes pas d'humain. Peut-être était-ce un dieu personnel qui me montrait la multiplicité de mon avenir, juste quelques lignes dans l'obscurité, plus ou moins longues, plus ou moins intenses, plus ou moins torturées, mais s'achevant toutes sans laisser d'autres traces qu'une pâle persistance rétinienne dans l'œil de ceux qui avaient aperçu ma vie.

A ce moment, j'avais décidé de suivre une zébrure en particulier, de m'en tenir à ce que je m'étais déterminé à faire, jusqu'au moment où les turbulences et les perturbations de ma réalité feraient se rencontrer des différences de potentiel suffisamment forte pour faire exploser un arbre de possibles. Je situais vaguement ce moment. Après ça, le déluge. Mes idées tournaient en rond dans ma tête. J'approchais d'une des étapes à franchir, d'un moment où faire ou ne pas faire quelque chose pourrait signifier la fin de l'histoire.

J'étais arrivé au portail de la gare. C'est une petite gare. Normal, puisqu'il n'y a qu'une ligne, dont elle est un des deux terminus. De plus, les passagers quotidiens se comptent sur les doigts d'une main pas toujours entière. Le peu de fréquentation explique aussi pourquoi cette gare dégage quelque chose d'à la fois serein et inquiétant. Un lieu de vie et de passage sans bruit, sans mouvement, sans même un être qui attend. Juste une machine pour les billets, quelques bancs, une poubelle et une horloge. Les lampes donnent un côté un peu rétro, avec cette lumière jaune qui semble usée.

"Voulez-vous un billet?" m'a demandé le distributeur.

Je n'avais pas d'autres choix que de répondre "oui" ou "non". C'est une grande énigme que de savoir si l'humanité doit envier aux machines leur système binaire pour résoudre tous les problèmes. A vrai dire, c'est dans un sens ce que nous faisons: chaque action est un enchevêtrement d'actions que l'on accomplit ou non. Peut-être qu'au final la liberté n'est qu'une illusion, comme un 2 à un exposant tellement grand qu'il en devient invisualisable, mais un 2 tout de même. Quoi qu'il en soit, j'avais face à moi un 2 parfait, une machine décomposant mes doutes et mes espoirs, mes peurs et mes rêves, me demandant à chaque fois choisir l'un ou l'autre. Oui, je voulais un billet.

"Êtes-vous sûr?

-Oui, je suis sûr.

-Aller simple ou AR?

-AR, il vaut mieux prévoir.

-Êtes-vous sûr?

-Oui.

-Pour aujourd'hui?

-Oui, aujourd'hui ou jamais plus.

-Êtes-vous sûr?

-Tu mets réellement mes convictions à l'épreuves. Oui.

-Veuillez insérer votre carte de paiement et composer votre code confidentiel.

-Oui! Ah... oui, d'accord."

J'ai payé et pris mes billets. La machine me gratifia d'un magnifique "Merci et à bientôt" puis revint à son écran initial. J'allais m'asseoir sur un des bancs en béton le long du quai, la tête vide, mon regard perdu quelques univers derrière ce bout de papier en forme de sésame. Et la pluie commença à tomber.

Publié par zherissons

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